« Ça va aller » La méthode Coué

« Ça va aller », cette réponse de la Présidente de France télévisions en Commission parlementaire à une question sur la grève des salariés de France 3 Paris Île-de-France (PIDF) résume à elle seule la communication de la Direction.

Cette posture rappelle la méthode Coué, se persuader qu’une situation va s’améliorer en le répétant, sans en traiter les causes.

Concédons que de ce côté-là, ça va un peu mieux à France 3 Paris Île-de-France. Des engagements ont été pris dans un protocole de sortie de mais le collectif de travail a été durement éprouvé.

La Direction a annoncé dans les premières heures de ce CSE, que les éditions de France 3 PIDF pourraient être présentées prochainement depuis le plateau France 2, celui « des 4V ». Comme quoi, répéter « on ne peut pas » ne suffit pas.

Il est parfois bon d’insister…

Autre dossier majeur de ce CSE Siège : la réponse de la Direction suite à un autre rapport d’expertise, celui du cabinet CEDAET, qui a pointé de graves dysfonctionnements au sein de la Rédaction Nationale.

Ordre du jour du CSE Siège des 15 et 16 avril 2026

Le procès-verbal des 28 et 29 janvier 2026 a été adopté.

Le procès-verbal des 18 et 19 février 2026 a été adopté.

  • Votants : 22
  • Pour : 22
  • Contre : 0
  • Abstention : 0

Par deux fois, la Direction a tenté d’imposer des consultations partielles de ce projet de renouvellement des régies et des plateaux du siège (Genesys), obligeant les élus à aller en justice. Le tribunal a exigé que la direction présente une information globale qui couvre l’ensemble des dimensions du projet.

La mission confiée à l’expert consistait à analyser les conséquences de Genesys sur les conditions de travail et la santé des salariés concernés (CDI, CDD, CDDU) et de proposer des préconisations.

Les experts rappellent tout d’abord que ce n’est pas une simple rénovation technique. « Genesys va transformer en profondeur les outils, les métiers et la fabrication des éditions ».

Ce nouveau modèle de fonctionnement (dont le déploiement est prévu jusqu’en 2030) réduira drastiquement le nombre de personnels. Les non-permanents seront particulièrement impactés (-38,2 ETP) et 31,5 CDI sur les JT et éditions.

L’expertise met en lumière les effets d’un tel projet sur « le contenu réel du travail, et ses conséquences sur les métiers et l’emploi. ». Elle explique avoir « une confiance très relative dans cette transformation », déstabilisation des collectifs, surcharge de travail pour certains personnels, qualité empêchée, risque de sous-activité, etc…

Les experts préconisent notamment à la direction de présenter un organigramme ciblé, ou encore de préciser les fiches de postes, les compétences et les polyvalences attendues…

Ils recommandent à la direction de présenter un plan de formation structuré et chiffré, adapté aux évolutions attendues, de garantir un accompagnement individualisé des salariés, de clarifier les impacts du projet sur la rémunération et le temps de travail…

Cette expertise souligne aussi des risques importants pour la santé des salariés : physiques (accidents liés aux travaux d’aménagements) mais aussi psychosociaux (charge de travail, perte d’autonomie…). Ils recommandent donc d’intégrer de « façon formelle dans les différentes étapes clés la Direction de la Santé et de la Qualité de Vie au Travail (DSQVT), la médecine du travail et la RH. »

Enfin, ce rapport d’expertise avertit la Direction sur la vraie nécessité de « définir paritairement la co-construction sur lequel s’appuie la conduite de projet » pour garantir son succès. Autrement dit :  OUI à des ateliers pour accompagner la mise en place du projet à condition qu’il y ait un minimum de transparence sur les personnes qui pourraient y participer, sur les objectifs réels attendus, sur les vraies marges de manœuvre et sur ses participants (managers, encadrants de proximité, salariés des différents métiers concernés…)

Le nouveau directeur des moyens de la fabrication, Cyril Vigouroux, s’est engagé à la transparence sur ce dossier. Il a rappelé « que de nombreuses réunions d’ateliers avaient déjà été effectuées et vont se poursuivre dans un espace de communication qui existe déjà (un jeudi par mois), où la parole est libre et où on partage ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas… » 

Sur le volet formation, Monsieur Cyril Vigouroux a expliqué « qu’il était compliqué de mettre dès à présent un plan sur des matériels qui ne sont pas encore installés » et il estimeque « les salariés demandent à diversifier les métiers »

Les élus ont une nouvelle fois regretté que la Direction ait refusé une information consultation pour le Réseau Régional qui, contrairement à ce que maintient la direction, est aussi concernée par le projet.

Les élus ont voulu savoir comment le travail sur ces nouveaux plateaux et régies allaient être répartis, une fois le projet Genesys déployé. On commence bien par avoir une petite idée pour les techniciens. En revanche, pour les journalistes, rien. Et comme personne côté Direction de l’information n’est venue en CSE pour nous l’expliquer, on restera (pour l’instant), sur notre faim.

Le point est reporté.

La 78ème édition du Tour cycliste Auvergne-Rhône-Alpes aura lieu du 7 au 14 juin 2026 :
1 200 km de course entre Vizille et le plateau de Solaison.

Elle est présentée comme une épreuve de rodage pour les coureurs avant le tour de France. C’est aussi l’occasion pour les équipes de France Télévisions (avec les moyens techniques du car de Toulouse) de répéter leurs gammes avant la « Grande Boucle ».

Pour répondre « aux nécessités de continuité de service », la Direction a demandé aux élus une dérogation du temps de travail (pour les personnels qui travailleront sur cette épreuve sportive).

Les élus ont soulevé encore quelques erreurs (sur les plannings qui leurs ont été présentés), une divergence de lecture avec la Direction sur les amplitudes et les temps de repos imposés mais globalement, la Direction a rendu une bonne copie.

La dérogation a été acceptée.

Mise au vote d’une résolution : lire ici la résolution

  • Nombre de votants : 22
  • Pour : 22
  • Contre : 0
  • Abstentions : 0

C’est bien de prévoir des plannings respectueux de la loi mais c’est encore mieux de vérifier si dans les faits, ce qui a été prévu, c’est bien passé.

C’est aussi le rôle des élus de vérifier si « le réalisé » est conforme au « planning prévisionnel ».

La Direction est venue leur présenter le bilan de l’opération sur « les Victoires de la Musique ».

Là encore, la partition est plutôt bonne : respect du repos hebdomadaires, des temps de transport…

Rien échappe aux élus : toujours quelques irrégularités avec une personne qui termine sa journée à 3h du matin (et un temps de repos qui n’est pas respecté).

Mais ne chipotons pas, globalement les horaires ont été tenus (57h max). À force de répéter, parfois ça marche, nous sommes écoutés

  1. Règlement intérieur du CSE Siège 

Le point a été reporté. 

  1. Recensement du matériel informatique des anciens et nouveaux élus  

Un recensement a été fait des matériels informatiques prêtés aux élus lors de la dernière mandature.  

Les nouveaux élus qui le souhaitent, pourront prochainement être dotés d’un ordinateur et d’une ligne téléphonique dédiée au CSE. 

  1. Vie du CSE 

La Direction répète à qui veut l’entendre que France Télévisions est exemplaire sur les questions de harcèlement et de parité. Les élus du CSE siège, eux, préfèrent s’en tenir aux faits… Et ils ne sont vraiment pas convaincus, sur ces points, que la Direction soit loyale et sincère.  

La méthode Coué, on l’a dit, avec nous, ça ne marche pas ! 

Le CSE Siège avait demandé la possibilité de désigner non pas « un référent salarié harcèlements » (comme la loi le prévoit) mais deux : un homme et une femme.  

On estime que sur des sujets touchant des faits présumés de harcèlements (moral, sexiste et sexuel), un salarié ou une salariée, peut se sentir plus à l’aise de pouvoir s’adresser (au choix) à un homme… Ou à une femme. 

La Direction a refusé et la justice lui a donné raison. 

Les élus ont rappelé que rien n’empêchait la Direction d’être « mieux disante » que la loi…  

Et comme il nous arrive aussi d’être têtus, nous avons demandé à notre avocat de se pourvoir en cassation… Si à notre petit niveau, on arrive (par la Jurisprudence) à améliorer cette loi, notre CSE Siège en sortira grandi, et les salariés seront mieux protégés. 

Les élus choisissent eux aussi les effets de manche, pas pour de la « com » (contrairement à la direction) mais par conviction. 

Le dernier point de ce CSE était très attendu… Nous avons été patients.

En octobre 2025, le cabinet d’expertise CEDAET avait mis en lumière ce que de trop nombreux journalistes du Siège ont vécu ces dernières années : un management injuste et brutal, des différences de traitement inacceptables…

La Direction avait alors ressorti la méthode Coué, répétant pendant des mois “tout va bien”, malgré les nombreuses alertes des élus et des organisations syndicales, des arrêts maladie en cascade, des dysfonctionnements dans les services… 

Les experts du cabinet CEDAET avaient alors préconisé à la Direction un plan d’action :

  • Harmoniser les rémunérations et le parcours entre les ex-rédactions
  • Réévaluer et mieux répartir la charge de travail
  • Restaurer de vrais espaces de dialogue professionnel
  • Redonner aux RH des moyens d’intervention réels
  • Accompagner les plus jeunes et les plus précaires
  • Prévenir plutôt que réparer

Il aura fallu près de six mois à la direction pour reconnaître que NON “tout ne va pas bien” et de nous présenter son plan d’action.  

Bon, il faut reconnaître qu’entre temps, certains responsables (du climat à la Rédaction Nationale) sont partis et une nouvelle Direction de l’Info vient d’arriver.

C’est plus facile pour plaider : “responsables mais pas coupables”.

Monsieur Philippe Corbé, le nouveau patron de l’Info à France Télévisions est venu (pour la deuxième fois depuis sa prise de fonctions) se présenter aux élus : « J’ai découvert le rapport CEDAET. On a essayé de bâtir un plan d’action. J’ai constaté un manque de dialogue au sein des rédactions voire un dialogue tendu et conflictuel. Mon souhait est de rétablir des moments d’échanges pour mettre les choses à plat et trouver des solutions. Sur la proposition de Monsieur Julien Duperrey (le nouveau Directeur des Rédactions), on a décidé d’organiser des rencontres dans les services, de passer du temps pour écouter. Ces échanges nous permettent de pointer un certain nombre de problèmes dont certains sont anciens mais laissés sans réponse.”

C’est fou de voir que lorsqu’on n’est pas juge et partie, avec un peu de recul, l’analyse devient plus juste et lucide.

 “ On sera parfois en désaccord” précise le nouveau Directeur de l’Info. “L’idée qu’il puisse y avoir des discussions édito dans tous les services est une bonne chose”.

La pensée unique n’aurait-elle rien à faire dans une rédaction ? 

Bienvenue à France Télévisions Monsieur Corbé, et tant mieux si ça change !

Les élus lui ont rappelé le contexte dans lequel de nombreux journalistes y ont laissé leur santé : management brutal et toxique, “déprofessionnalisation », mis au banc de certaines personnes…

Les dégâts sont importants avec une multitude d’alertes, une cascade d’arrêts maladie.  Ça aurait dû alerter la Direction de l’époque…. 37 témoignages édifiants de la SDJ… Et une Direction qui est restée sourde et droite dans ses bottes : “tout va bien…”

Les élus se sont aussi interrogés sur la présence et le maintien dans l’entreprise de managers aux comportements avérés toxiques. À un certain niveau de responsabilités, on est vite pardonné… et parfois même promu. On ne traite pas de la même manière un directeur et un simple salarié.

La Direction a ensuite déroulé son plan d’action en 5 points :

  1. Suivi, distribution et régulation de la charge de travail
  1. Permettre à d’avantage de journalistes de signer des sujets dans différentes éditions (meilleur suivi des propositions de sujets entre les services et les éditions…)
  2. Lissage de la charge de travail (diminution du nombre de séquences, systématiser les tournages unitaires lorsqu’il s’agit d’un reportage…)
  3. Veiller à ce chaque journaliste soit valorisé professionnellement (favoriser les détachements temporaires en fonction des besoins, recevoir les journalistes qui s’estiment écartés, mettre en place un accompagnement…)
  4. Rendre soutenable la charge de travail et les horaires atypiques (entretien annuel pour les collaborateurs concernés par ces rythmes décalés, favoriser les mobilités, favoriser les demandes de mobilités au bout de 3 à 5 ans sur le poste…)
  1. Gestion de l’emploi et des parcours professionnels
  1. Assurer aux jeunes entrants une bonne entrée dans le monde de l’entreprise (guide d’accueil alternants/CDD, entretiens individuels systématiques, rappel régulier au management des règles du temps de travail…)
  2. Assurer un suivi individualisé des journalistes (meilleure communication entre les chefs de service, la DRH, les directeurs adjoints à l’information…)
  3. Permettre aux collaborateurs une mobilité (meilleur suivi des entretiens annuels et professionnels…)
  4. Permettre aux collaborateurs de conserver leur employabilité (accompagner les journalistes qui le souhaitent vers le numérique, prendre en compte les demandes de reconversion…)
  1. Carrière-Rémunération
  1. Veiller à corriger les situations de disparité salariale (corriger au regard des règles édictées dans l’entreprise…)
  2. Porter une attention particulière aux journalistes sans mesure salariale depuis plusieurs années.
  1. Échanges sur le contenu de travail
  1. Permettre l’expression directe et collective (organiser des rencontres dans les services, favoriser les échanges directs et collectifs sur des thématiques éditoriales, évolution des métiers, organisation… inciter les journalistes à participer aux conférences de rédaction, retour d’une “conf critique” à 20h30 au PC info…)
  2. Permettre un échange régulier et collectif dans les services (réunion de service trimestrielle et semestrielle pour les bureaux en régions…)
  3. Organiser un échange sur les propositions de sujets des journalistes (demander aux chefs de service de faire un retour oral à chaque journaliste qui en fait la demande…)
  4. Permettre un meilleur échange entre les managers et les collaborateurs (formation des managers, formation des managers et des journalistes au feed-back…)
  1. Rôles et prérogatives RH
  1. Assurer le suivi RH des situations individuelles (organisations régulières de points RH + Direction de l’Info pour traiter des sujets individuels et collectives…
  2. Permettre aux RH d’observer au quotidien la vie de la rédaction.
  3. Permettre à la RH de mieux jouer son rôle de conseil et d’alerte sur le suivi des collaborateurs.

Enfin, les élus ont tenu à dénoncer que ces graves dysfonctionnements constatés à la Rédaction Nationale se répètent un peu partout dans l’entreprise de manière systémique.

Il est urgent de changer en profondeur ce mode de management, vertical et brutal. La santé des salariés en dépend.

Les élus ont décidé d’interpeller l’inspection du travail et de lui transférer tout ce qui est en lien avec le dossier (les expertises et le plan d’action de la direction).

Le prochain CSE Siège se tiendra les 20 et 21 mai 2026
Vos élus CFDT : Olivia Pergament, Antonio Ferreira, Stéphane Auvray
Vos élus suppléants CFDT : Marie-Hélène Bordes, Sophie Lacombe
Représentant Syndical : Fabrice Cagnin