LIMINAIRE DU CSE Siège des 15 et 16 avril 2026
À quel moment le dialogue est-il rompu ? Pourquoi ? Pour quelles raisons les personnages ne s’entendent plus, ne s’écoutent plus, ne se respectent plus ? Le film de Jean-Luc Godard pose la question de cette distance froide, irréversible et brutale qui s’installe au fil de l’histoire : “Le mépris”.
Si nous avons choisi ce titre, ce n’est pas uniquement (à quelques jours du Festival de Cannes) parce que nous aimons le Cinéma. C’est surtout parce que pour la CFDT, “le mépris” résume parfaitement ce que nous ressentons aujourd’hui :
- Mépris des salariés,
- Mépris des métiers,
- Mépris du dialogue social,
- Mépris de notre Histoire, de nos acquis,
- Mépris de nos missions,
- Mépris de ceux qui nous lisent, nous écoutent et nous regardent.
France 3 Paris-Ile-de-France : des salariés “oubliés”
Prenons le dernier exemple en date : la situation des personnels qui travaillent sur les éditions de France 3 Paris Ile-de-France.
Les journalistes (qui dépendent du Réseau régional) et les techniciens de la Fabrique (qui dépendent du siège) sont contraints de présenter désormais leurs éditions sur un plateau exigu, installé au CDE (Régies Finales).
C’est un bien mauvais film que la direction inflige à des salariés en grève depuis plus d’un mois… Des journalistes et des techniciens très impliqués mais empêchés de travailler correctement, en souffrance devant autant d’indifférence.
Beaucoup se sentent déclassés, humiliés, méprisés…
Nous avons suivi la dernière audition parlementaire de Delphine Ernotte sur l’audiovisuel public.
On peut comprendre que l’exercice n’est pas facile.
En revanche, comment ne pas percevoir comme du MÉPRIS la manière dont elle a minimisé la portée et les raisons de cette grève ?
Pourquoi ne pas avoir compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple caprice mais d’un problème plus profond ?
Répondre « vu le taux de grévistes, ça va aller… » traduit une absence de dialogue et d’empathie, qui conduit inévitablement à une rupture profonde, voire irréversible.
Des rapports qui accablent
Les élus vont devoir justement, au cours de ce CSE, rendre leur avis sur le projet Genesys, le renouvellement des régies et plateaux du Siège.
Nous l’avons déjà dit et nous le répétons aujourd’hui, ce projet ne concerne pas uniquement le Siège.
Le site de MFTV regroupe plusieurs établissements, dont les activités sont de plus en plus imbriquées. Un projet transverse comme GENESYS ne se limite pas à un seul périmètre. Il impacte, par nature, l’ensemble des organisations, des collectifs de travail et des équilibres entre établissements.
Dans ce contexte, comment rendre un avis réellement éclairé sans disposer d’une vision globale ? Pourquoi ne pas avoir attendu les conclusions du cabinet Syndex, chargé d’autres expertises mandatées par le CSE Central et la DOPOM (ex-Malakoff) ?
Ce découpage de l’analyse ne permet pas d’appréhender pleinement les effets du projet… Et la lecture de cette première expertise ne nous laisse rien présager de bon.
La CFDT sera vigilante à préserver l’unité du collectif et fera tout pour éviter d’opposer les salariés entre eux. Nous refusons toute logique qui créerait de nouvelles fractures entre le Siège, le Réseau Régional et les Outre-Mer.
Le projet GENESYS ne doit en aucun cas se construire au bénéfice des uns et au détriment des autres, mais dans une logique d’équilibre et de respect de tous.
Nous allons, au cours de ce CSE, parler d’un autre rapport d’expertise, celui pour “risque grave à la Rédaction nationale”… Pour être plus précis, nous allons enfin entendre les réponses de la direction sur ce rapport accablant : perte d’autonomie, management descendant et brutal, division des collectifs avec des différences de traitement.
À travers ces exemples, nous constatons une fois de plus, des Ressources Humaines à bout de souffle, qui doivent faire face en permanence à des crises qu’elles n’ont pas provoquées. Elles passent leur temps à éteindre des incendies allumés par ceux-là mêmes qui sont censés nous piloter et nous protéger.
L’écoute et la prévention sont bien plus utiles qu’un extincteur.
Il appartient à notre présidente de changer de route, de prendre un autre chemin…
Dans le film de Godard, Camille quitte Paul pour partir avec le producteur.
Ils montent ensemble dans une voiture puis c’est l’accident.
On ne souhaite pas monter dans cette voiture.
Nous ne voulons pas rejouer la scène finale.
Il est vital d’écrire une autre fin.