« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »

Le bilan social 2025 est présenté aujourd’hui au CSE siège. Il rassemble les principales données sociales de l’entreprise : effectifs, emploi, rémunérations, formation, conditions de travail… Il doit permettre d’analyser l’évolution ou la régression de la situation sociale et d’évaluer les politiques RH de l’entreprise. Cette année, le constat est sans appel : la météo sociale est au rouge

Le bulletin du jour a de quoi interpeller et alarmer : baisse des effectifs, hausse des arrêts maladie, progression des risques psychosociaux, affaiblissement des recrutements. Tous les voyants clignotent, notre maison s’assèche et le feu pourrait bien gagner tous les étages… Mais tout cela semble n’appeler aucune conclusion, ni même un début de réaction.   

Notre direction serait-elle devenue climatosceptique ?  

Quand on réduit les effectifs on doit évaluer les risques. Réduire les effectifs sans réévaluer les risques, c’est ignorer une évidence : moins de personnel, avec les mêmes objectifs, c’est plus de charge, plus de pression, et finalement plus d’usure. 

Les arrêts maladie augmentent ? Quelle surprise. 
Les risques psychosociaux se multiplient ?  Quelle coïncidence. 

La situation est d’autant plus préoccupante que l’entreprise peine à se renouveler.
Les embauches en CDI sont passées de 231 en 2023 à 137 en 2025.
En deux ans, c’est un effondrement.

Une entreprise qui recrute moins cesse de se régénérer et renonce à préparer sa relève.
Dans le même temps, la nature des départs interroge : les démissions et les ruptures conventionnelles sont de plus en plus nombreuses.

71% de l’ensemble des départs concernent les cadres.

Pour eux, près d’un départ sur deux, relève d’un départ en retraite.
Pour l’autre moitié il s’agit de démissions (22 sur 35) et des licenciements (24 sur 37).
Difficile de ne pas y voir une forme de débroussaillage social à bas bruit, sans vision claire ni cap assumé.  

Le signal est encore plus inquiétant pour les seniors.
Les 55 ans et plus représentent 34 % des effectifs, soit plus d’un tiers de l’entreprise. Ce chiffre devrait interpeller. 

Or il n’existe toujours pas de véritable politique d’accompagnement des fins de carrière, d’adaptation des postes, de transmission des compétences ou de préparation à la retraite. 
Les seniors sont poussés eux aussi vers la sortie. 

Plus grave encore, l’absentéisme au Siège est un phénomène massif, préoccupant qui devient structurel :

  • 39 253 journées d’absence en 2023.
  • 39 963 en 2024.
  • Et encore 38 315 en 2025.

Même si en 2025, on observe une légère baisse, le volume reste exceptionnellement haut et traduit une politique de prévention largement insuffisante.
Les absences maladie représentent la majorité des journées perdues avec des arrêts de moins de 7 jours très nombreux, ce qui devrait alerter la direction sur les conditions de travail.

Bref, ce bilan social ne révèle pas seulement une dégradation : il met en lumière une incapacité à reconnaître la réalité.

  • La direction entend les alertes sur les risques psychosociaux tout en maintenant les conditions qui les produisent. 
  • Elle constate l’usure des seniors sans leur offrir de perspective. 
  • Elle s’inquiète des arrêts maladie tout en continuant à réduire les effectifs. 

En somme, la maison brûle et la direction regarde ailleurs

Il y a urgence.
On n’éteindra pas cet incendie avec des extincteurs.  La situation exige un véritable plan d’urgence social.

La question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais combien de temps encore la direction acceptera de laisser la situation se dégrader.  

Le constat est sans appel : le climat se détériore, la santé des salariés aussi, et la CFDT refuse de laisser cette dynamique s’installer.