OUTILS INSTABLES – PANNES À RÉPÉTITION

Ce week-end, de nouveaux incidents techniques sont venus illustrer, une fois de plus, les limites d’une stratégie qui consiste à vouloir aller toujours plus vite dans le déploiement de nouvelles technologies. Des outils imposés à marche forcée, sans garantir au préalable leur fiabilité et leur stabilisation. Samedi et dimanche, les antennes de France 2 UHD et de Franceinfo (canal 16) ont connu de sérieux problèmes.

Le week-end où tout plante

Samedi matin, des téléspectateurs qui regardaient France 2 UHD (panne constatée sur une box Orange), en plein direct, ont eu droit à une boucle secours de Roland Garros datant de 2023. Elle est restée à l’antenne pendant près d’1h15 !

L’incident venait du CDE (un service qui assure la diffusion de nos antennes) et concernait France 2 UHD. Les deux voies, (principale et secours), ont planté. Une boucle Roland-Garros (seul secours à disposition du CDE) a été envoyée par défaut pour éviter l’écran noir. Ça interroge forcément sur la fiabilité de cet outil, les process de secours et de continuité d’antenne…

Dimanche matin, France Info a connu aussi de graves difficultés techniques. La régie aurait été mise en défaut après une panne de « Cerebrum », le logiciel central qui pilote et orchestre de nombreux équipements techniques dans les régies. Résultat : régie Franceinfo HS et nécessité de basculer en urgence sur la régie 4 de Télématin et le plateau C. Les équipes sous stress maximum ont répondu avec professionnalisme, soucieuses de sauver l’antenne et leurs émissions. 

Rappelons au passage qu’aujourd’hui, Franceinfo (canal 16) a perdu le pilotage de sa régie, ses équipements ont été transférés dans un Data Center… Data Center qui serait à l’origine de la panne de dimanche matin.

“Mode dégradé” : une idée insoutenable pour les salariés

Le « mode dégradé » est aujourd’hui utilisé à toutes les sauces. Mais ce qui se dégrade surtout aujourd’hui à France Télévisions : c’est la santé des salariés.

On demande aux équipes de compenser des dispositifs insuffisamment éprouvés, d’être souples, réactives, polyvalentes, disponibles. 

On leur demande surtout d’assumer les conséquences de choix techniques qu’elles n’ont pas décidés. 

Et quand ça casse, on parle d’incident, de transition, d’ajustement… de passage en mode… dégradé.

Automatisation à tout prix ?

Ce que nous avons connu ce week-end avec le logiciel « Cerebrum » n’est pas sans lien avec d’autres projets d’automatisation déjà engagés dans l’entreprise.

C’est le cas par exemple d ‘« Overdrive », un système d’automatisation de régie qui pilote certains enchaînements techniques de fabrication d’une émission.

Ce dispositif est testé dans une régie d’entraînement à Strasbourg et il est en déploiement à Poitiers, pour le réseau Régional. De nombreux bugs ont été constatés et nécessitent une hypervigilance des équipes.

À Rouen, ce déploiement imposé a déjà conduit à de graves risques psychosociaux, au point de déclencher une alerte DGI (Danger Grave et Imminent) en CSE Réseau.

L’innovation ne peut pas être un prétexte pour réduire les effectifs, fragiliser les métiers et faire porter aux salariés la responsabilité des défaillances techniques.

Devons-nous aussi rappeler à la Présidente de France Télévisions, son obligation vis-à-vis de l’Etat, (en cas de crise majeure), de continuité d’antenne ? Il y a visiblement de sérieuses failles dans nos systèmes de sécurité…

À France Télévisions, le service public, la qualité de nos antennes et de nos programmes tient grâce au professionnalisme et à l’engagement des salariés. La direction ferait bien de s’en inspirer.