POPE STAR : quand France Télévisions devient Télé Vatican

Carte blanche… Immaculée

Oui, on sait le droit à la déconnexion, le sacro-saint repos dominical…
Sauf que, justement, cette carte blanche laissée exceptionnellement à un de nos adhérents ne pouvait être que diffusée aujourd’hui, jour du Seigneur.

Vous nous excuserez donc par avance de cette entorse au droit du travail justifiée par le calendrier catholique et cathodique.

Carte blanche. Humeur noire.

Je suis un salarié de France Télévisions depuis longtemps et j’étais jusqu’à présent fier de notre ligne éditoriale qui défendait les valeurs de la République.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité.
France Télé, le média qui se revendique être celui de tous les Français, sans tenir compte des origines, des orientations, des religions.
La « télé qui rassemble » et qui nous ressemble.

Mais, subitement, je m’interroge. Sommes-nous revenus en 1904 ?
On le croirait en regardant nos chaînes publiques depuis vendredi matin. Le pape est à Paris, à Lourdes, à Metz et, ô miracle, il se décuple comme des petits pains, envahissant nos écrans cathodiques devenus écrans catholiques.
Nos caméras ne lâchent pas Léon XIV d’une soutane, nos motos suivent son cortège comme le Tour de France, ses messes, ses discours, ses bénédictions, ses oraisons, ses mimiques : ô mon dieu, il a levé les yeux au ciel.
Nous sommes aux aguets, en admiration.
En extase.

Sainte Delphine, quels péchés avons-nous donc commis pour que le service public dépense ainsi ses derniers deniers pour complaire à la France du Puy du Fou et exaspérer en même temps les athées, majoritaires en France, on le rappelle (51 % des 18-59 ans) ?

Tentons-nous de racheter nos âmes de brebis belliqueuses du service public ?
Expions-nous un péché d’indépendance trop revendiquée ?
Donnons-nous des gages pour l’avenir et à qui ?
Puisque nous en sommes là de notre ligne éditoriale et religieuse, célébrerons-nous à la même hauteur extravagante la prochaine fête de l’Aïd ou le Kippour ?

Ces dernières années, nous constations déjà une fâcheuse tendance à un nationalisme exacerbé lors des célébrations du 14 juillet, à grands renforts de journalistes vedettes sautant en parachute ou plongeant à bord de sous-marins pour vanter les mérites de l’armée…
Se feront-ils cette fois bénir ou baptiser ?

Après le sabre, voici donc venu le temps du goupillon. Une odeur rance flotte là, non ?
Pas de méprise : le salarié que je suis aime la France, respecte les religions, toutes les religions, mais à condition qu’elles n’envahissent pas mon espace, qu’elles respectent ma liberté de penser, de croire ou de ne pas croire.