Netflix redécouvre les chaînes et nous ?
Coup de gueule

Netflix surfe sur le streaming depuis quinze ans. Et maintenant, surprise : le géant américain, érigé en égérie, reviendrait vers le direct et les chaînes.
Le Wall Street Journal rapporte que la plateforme réfléchit au lancement de chaînes linéaires thématiques en continu. En France, depuis le 19 juin, elle diffuse déjà les cinq chaînes de TF1 en direct. Avec succès.
La roue tourne
Après nous avoir expliqué que « le streaming, c’est l’avenir », les plateformes semblent donc redécouvrir une vieille invention : les chaînes, la programmation et les rendez-vous collectifs.
Netflix comprend donc aujourd’hui que les chaînes ont encore de la valeur.
Nous le savions déjà. Merci.
La programmation, les antennes, les équipes, la production interne, les territoires comptent.
Pendant ce temps, France Télévisions accélère, elle, son grand virage « streaming first ».
SALTO : on a déjà testé la grande culbute et on s’est bien cogné la tête
Après Salto, nous n’avons plus droit à l’erreur.
Une grande ambition, une grande com… et un gros flop.
58 millions d’euros engloutis.
Alors oui, Salto et france.tv ne sont pas le même projet.
Mais, une question demeure : qu’a-t-on tiré de ce fiasco ? Quels garde-fous avons-nous si un projet structurant vire au bide total ? À quel moment accepte-t-on d’arrêter ou de modifier un projet qui ne fonctionne pas ?
Parce que, nous l’avons déjà expérimenté, accélérer n’est pas une stratégie. C’est une pédale.
Sans frein, on sait où le virage aboutit : dans le mur.
Développer france.tv et toucher de nouveaux publics, pourquoi pas. Mais pas au prix d’un affaiblissement des antennes et des équipes.
Parce qu’une réorganisation a beau changer les cases dans les organigrammes… elle ne fabrique pas des heures de travail. Et, malheureusement, elle ne fabrique pas davantage d’audience.
Marcher sur nos deux jambes
Le streaming first ne doit pas se solder par des antennes fragilisées, des services cul par-dessus tête, un numérique qui manque de moyens, des équipes épuisées et une direction qui expliquera peut-être, finalement, que… les résultats sont insatisfaisants.
Parce que la France ne s’arrête pas au périphérique parisien, la transformation numérique doit aussi garantir : les rendez-vous d’information régionale, la visibilité des programmes, les capacités de fabrication, les moyens des antennes et la place des Régions et des Outre-mer.
Le numérique ne doit pas devenir une excuse pour faire disparaître progressivement ce qui fonctionne sur les territoires.
La CFDT demande : un projet chiffré, des moyens identifiés pour chaque support, une évaluation réelle de la charge de travail, des garanties sur l’emploi et la production interne, des engagements pour les Régions et les Outre-mer, des bilans réguliers pour pouvoir corriger la trajectoire.
Après Salto, nous n’avons pas besoin d’une nouvelle mauvaise série. Pas de scénario catastrophe. Pas de chèque en blanc. Pas la facture pour les salariés.
Pas de Streaming Bad.