Liminaire du CSE réseau/septembre 2026
Pour écarter tout malentendu, d’entrée de jeu : ce liminaire n’est pas une nécro consacrée à Bonnie Tyler, qui nous a quittée cet été.
Le titre de son tube – c’était il y a plus de 40 ans… – n’est qu’un prétexte.
Éclipse totale ou partielle, le réseau régional ne brille plus. Il est empêché de travailler, nous en voulons pour preuve la couverture de l’éclipse – justement – partielle du soleil visible partout en France à la mi-août.
Alors que les bureaux excentrés de France 2 étaient équipés, en amont, du matériel nécessaire pour tourner des images du soleil « mangé » par la lune, les rédactions régionales, elles, se demandaient encore, à quelques heures de l’évènement, comment trouver des lunettes de protection ou des filtres pour équiper les caméras.
Les encadrements pensaient peut-être que « Paris » allait fournir, « Paris » pensait peut-être que si les rédactions ne demandent pas, elles n’en ont pas besoin… C’est peut-être un malentendu, mais il est symptomatique. On passe à côté d’une image, d’une actu, parce que quelqu’un n’a pas pensé qu’il faut y penser.
Le réseau régional reste dans l’ombre, et pendant ce temps, « Paris » peut briller.
« Paris » qui prend de plus en plus de place dans la grille de France 3, cette chaîne qui est notre maison mère, devenue simplement une marque.
Il y a eu ICI qui a tué nos identités en région, il y a eu TEMPO qui a éteint les JT nationaux de la 3, il y a les sujets « FranceInfo » diffusés dans nos JT régionaux, il y a les journaux
mutualisés par manque de moyens .
Il y a manifestement une volonté de dépouiller la 3 de son identité de chaîne à vocation régionale, de son regard particulier sur l’info, et de son enracinement profond dans les territoires. La lumière vient de Paris, les émissions régionales sont pensées depuis la capitale, la France est divisée en quatre quarts et devient celle du sud, du nord, de l’est, de l’ouest avec Paris au centre.
On rationalise, on mutualise, on uniformise, et on y perd sa raison d’être.
Pour citer Bonnie Tyler, parfois, le réseau régional se sent un peu seul.
Et, nous n’attendons plus le « turnaround », le revirement.
Dans l’obscurité
Alors qu’une éclipse n’est jamais permanente, pour le réseau régional, la lumière se fait attendre.

On aurait pu croire qu’elle reviendrait grâce au numérique.
Mais là aussi, on déchante. Certes, nous « produisons » des contenus, mais l’ambition éditoriale et les moyens nécessaires ne sont pas au rendez-vous. Le « feel good » ou le fait divers n’assurent pas le lien avec nos publics, qui, eux, trouvent les infos qui les intéressent sur des groupes Facebook locaux ou des communautés Instagram relayant leurs actus.
Les rédactions régionales n’ont pas les moyens pour assurer une présence professionnelle sur le numérique. Faire de la télévision, fabriquer du contenu numérique, avec une exigence de qualité et de proximité, cela demande des moyens humains et matériels.
Le contrat d’objectifs et de moyens de France Télévisions ? Le budget de l’entreprise ? Mais oui c’est important, mais pour le réseau régional, les jalons sont déjà posés.
Delphine Ernotte n’a-t-elle pas, entre autres, proposé à l’Etat de fusionner FranceInfo et France 3, ce qui pose la question fondamentale de la mission régionale de France Télévisions ?
Au risque d’être un peu longs, citons les sénateurs Cédric Vial et Max Brisson, à la tête d’un groupe de travail sur l’audiovisuel public, qui doit rendre ses conclusions cet automne.
À l’avenir, l’ensemble des rédactions de France Télévisions devraient travailler en priorité pour nourrir France Info d’une actualité locale, régionale, nationale et internationale. Franceinfo devrait occuper le canal 3, celui de France 3.
Une préconisation qui fait écho à la proposition de notre Présidente.
La prochaine éclipse solaire partielle aura lieu l’été prochain.
Mais, avant même que la lune ne croise à nouveau le Soleil, le réseau régional est plongé dans l’obscurité.