Depuis le début de l’année, les journaux de France 3 Paris-Île-de-France, à midi et le week-end, sont diffusés dans tous les foyers qui ne sont pas géolocalisés sur une région, soit par choix du téléspectateur, soit par impossibilité technique : c’est notamment le cas des territoires ultramarins. Une décision machiavélique !
De la Creuse à la Martinique, des Bouches-du-Rhône à La Réunion : sur France 3, la France « d’ICI », c’est désormais Paris !
Au mois de mars dernier, la présidente de France Télévisions réaffirmait pourtant, dans le Pacte pour la visibilité des Outre-mer, trois objectifs principaux :
- Adopter « un réflexe Outre-mer » dans l’ensemble de l’offre
- Proposer des espaces dédiés aux contenus ultramarins
- Renforcer les liens du Pôle Outre-mer avec les territoires de l’Hexagone.
Il y a quelques semaines, lors de son audition parlementaire sur l’audiovisuel public, Delphine Ernotte-Cunci défendait le rôle du service public en rappelant que « France Télévisions est un média financé par tous. Il doit donc s’adresser à tous, quels que soient son lieu de vie… ».
Des paroles de bon sens qui, une fois de plus, ne sont pas suivies d’effets.
« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », disait Machiavel.
Comment en est-on arrivé là ?
Depuis janvier, le lent et douloureux démantèlement de l’information nationale sur la troisième chaîne se poursuit. Après la disparition des Soir 3, des 19/20 et 12/13 nationaux, la dissolution d’IV3 et des équipes qui travaillaient au siège sur l’offre nationale ICI, la direction a décidé de confier la fabrication des sujets nationaux à FTR (France 3 Toutes Régions), que certains appellent encore l’antenne « Sat ».
Pour alimenter le nouvel “Hub Info Régions”, véritable usine à gaz basée à Lyon-Vaise, les journaux Toutes Régions de la mi-journée et du week-end ont été supprimés. Eh oui, tout ceci se fait sans moyens supplémentaires !
Pour compenser la disparition de ces éditions, la direction a trouvé la solution : diffuser… Paris.
Logique pour une chaîne et sa nouvelle marque « ICI », qui se veulent le miroir de l’ensemble de nos territoires !
« ICI, c’est donc Paris ? »
Pour les territoires ultramarins, c’est la double peine : l’actualité de la métropole se résume désormais à l’Île-de-France et leur visibilité recule encore davantage : les journaux de FTR diffusaient aussi des reportages réalisés par nos stations d’Outre-mer ! Une promesse de la direction de l’information, faite après la suppression des éditions nationales.
Madame la présidente, lorsqu’une réforme de l’info régionale arrive au final à produire des effets symétriquement opposés à ceux que vous affirmiez viser, il y a deux options : vous nous avez menti dès le commencement, ou vous avez commis une erreur avec cette réforme.
Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs !
Regardez, Zénon (logiciel pour faire de la radio en outremer) est renvoyé définitivement aux oubliettes.
La CFDT demande à la présidente de respecter les engagements pris, tant en commission parlementaire que devant la Délégation sénatoriale aux Outre-mer dans l’audiovisuel public.
« La fin justifie les moyens », disait aussi Machiavel…
Non, la France n’est pas juste Paris.