Dix ans : de la poudre aux yeux (et encore pas pour tout le monde)

Ou comment France Info sacrifie le maquillage

Poudres matifiantes de couleur, contouring, bases correctrices : le maquillage est indispensable en télévision pour corriger les effets des lumières plateau ou des caméras HD et 4K.
Les présentateurs comme les invités en plateau le savent, sans maquillage, ils semblent fatigués, ils brillent, et le téléspectateur est gêné par une image brouillonne et peu soignée.

Pourtant, à France Télévisions, le maquillage est en passe de devenir une option.

À France Info, qui fête ses 10 ans ce 1ᵉʳ septembre, qui fait la fierté de la présidente, bye bye fond de teint, mascara, fards à paupières… Les contrats de maquillage sont revus à la baisse : pour les invités, ce sera à la Pamela Anderson, « au naturel »; les journalistes « hubeurs » devront prendre en main pinceaux et bâtons de rouge pour se maquiller eux-mêmes.
Seules quelques personnalités politiques devraient continuer à bénéficier d’un maquillage professionnel, ce qui interroge : le Premier ministre ou un chef de parti politique en plateau doivent paraitre à leur avantage, et madame Michu, présidente d’une association caritative, elle, devrait puiser dans sa trousse perso si elle ne veut pas trop briller à l’écran ?

Supprimer le maquillage, alors qu’on investit dans des studios flambant neufs, des décors modernes et de l’équipement ultra-haute définition… un paradoxe !

Depuis longtemps, on sait que le maquillage gêne.
Devoir faire des contrats sur la journée alors qu’« un maquillage, c’est fait en 10 minutes » – oui, on l’a entendu dire par des membres de la direction ces dernières années –, ça ne correspond pas au logiciel de la direction. Qui oublie que le maquillage est indispensable pour corriger les distorsions visuelles dues au matériel de tournage, et qu’à la télévision, journalistes, animateurs, invités s’exposent, se montrent, leur physique est commenté, critiqué.

Le métier est précarisé depuis longtemps.

Dans le réseau France 3, il est même sous-traité à des boîtes de prestation, qui se sucrent au passage, alors qu’il s’agit là d’un métier de l’intermittence.
Fini, désormais, les CDI : les départs à la retraite ne sont plus remplacés par des salariés permanents ou par des CDD U intermittents. La palette de maquillage est confiée à une entreprise, sans que la qualité de la prestation ne soit garantie : on ne maquille pas Léa Salamé ou Emmanuel Macron comme Kim Kardashian et Kanye West pour leur mariage !

La CFDT exige l’annulation immédiate de la baisse d’heures à France info, ainsi que des garanties sur la pérennité de ce métier à France Télévisions.
L’équation, pour les antennes nationales comme régionales ou ultramarines, serait pourtant simple : exigence de qualité à l’image + création de programmes fabriqués en interne = besoins en maquillage = de l’emploi.

Zapper le maquillage, c’est non seulement augmenter la précarité d’un corps de métier déjà fragile, c’est aussi faire preuve de mépris envers tous ceux qui s’exposent en plateau.