Donnez-nous un cap !

Le conseil d’administration de France Télévisions a acté une baisse de 15 millions d’euros de la dotation publique. Au total, cela représente 150 millions d’efforts en un an. C’est inédit. Alors la question est simple : qui va payer l’addition ?

Nous avons peu de doutes sur la réponse : ce sont les salariés, encore et toujours… Depuis des mois, la direction de France Télévisions n’a qu’un seul mot : « ÉCONOMIE ».

Dans le même temps, plus aucun cap. Elle ne cache plus la finalité des projets : Tempo, Hub Info, Campus, Sherlock, Genesys, dénonciation des accords collectifs… Tout est présenté comme structurant alors qu’il s’agit d’économies déguisées.  Nos collègues qui travaillent sur les éditions de France 3 Paris-Ile-de-France (et bientôt celles de Malakoff) en font une amère expérience aujourd’hui. Ils sont relégués sur un plateau inadapté à leurs besoins, sacrifiés sur l’autel des économies.

Nous ne sommes pas dupes.

Oui, nous devons rendre des comptes à ceux qui nous donnent de l’argent.

Oui, nous comprenons cette exigence.

En revanche, nous ne cautionnons pas la manière d’y arriver.

L’absence de trajectoire désoriente, elle use, elle démobilise.

Elle nous affaiblit et nous expose aux attaques qui dégradent le moral et la santé des salariés.

Accusations en commission parlementaire, relais médiatiques, polémiques sur le festival de Cannes, sur de prétendues dépenses extravagantes : hôtels, taxis, sociétés de production généreusement rémunérées, salaires hors sol… Mais de quoi parle-t-on réellement ?

La réalité est plus simple.

Aujourd’hui, pour un salarié de France Télévisions, se loger et se nourrir avec les forfaits imposés devient difficile.

À Cannes, les équipes travaillent sans compter leurs heures. Elles seront logées chez Pierre & Vacances, partageront des voitures, parfois des vélos, pour assurer leurs missions… Nous aurons l’occasion d’en parler au cours de ce CSE.

Voilà la réalité.

Des salariés engagés, professionnels, qui tiennent cette entreprise.

Et pourtant, ce sont eux que l’on expose.

Ce sont eux que l’on fragilise.

Les salariés, dans leur immense majorité, sont exemplaires.

Ce que nous payons aujourd’hui collectivement, ce sont des dérives individuelles, au plus haut niveau qui abîment l’image de toute l’entreprise.

Entre affaires judiciaires visant nos dirigeants, dérapages éditoriaux en direct…Où est l’exemplarité ?

“Ca fait partie d’une entreprise de service public que d’être « transparente” vient d’annoncer Christian Vion, le directeur général adjoint de France Télévisions. Sur ce point, on est d’accord.

Cette petite phrase pleine de bons sens a été prononcée dernièrement, à l’occasion de la mise en ligne d’une nouvelle page baptisée “transparence” sur le site institutionnel de France Télévisions.

Mais la transparence ne peut pas être qu’un outil de communication.

Elle ne peut pas être qu’une page sur un site internet.

La transparence doit commencer, ici dans les instances avec :

  • une présentation de tous les budgets,
  • des documents complets, fiables, transmis en temps et en heure,
  • des moyens pour les représentants du personnel,
  • le respect du droit de grève, de la liberté d’expression,
  • de vrais comités de salaires,
  • de vrais échanges…

Vous cherchez à faire des économies et vous souhaitez de la transparence ?

Ce n’est pas une posture. C’est un levier reconnu, efficace et durable.

Des études menées par la DARES et l’ANACT le démontrent et le prouvent.

Ce n’est pas tout.

Dans le baromètre OpinionWay « Réalité et dialogue social », publié en février, 61 % des jeunes considèrent même que la qualité du dialogue social est un facteur (d’attractivité) déterminant de leurs conditions de travail.

Autrement dit : ce que la direction considère comme une contrainte est un investissement stratégique.

Mais au-delà de tout cela, il y a une urgence : nous donner un cap.

Réduire les coûts ne peut pas être l’unique horizon.

Aujourd’hui, nous naviguons à vue, au doigt à peine mouillé.

Quand on a plus d’argent, oui, il faut avoir des idées… et encourager l’intelligence collective !