LIMINAIRE DU CSE SIÈGE DES 18 & 19 FÉVRIER 2026
Quand on navigue à vue, sans cap et avec pour seule boussole un « plan d’économies », on dérive. Et à force de dériver, on finit par s’échouer avant de couler.
Oui, nous sommes inquiets.
Inquiets parce que l’entreprise est affaiblie de l’intérieur par celles et ceux qui la dirigent, et qui ne prennent même plus la peine d’indiquer le cap à suivre. Sortis de leur propre plan de carrière, le connaissent-ils seulement encore ?
Inquiets parce que nous sommes affaiblis par un empilement de réformes, de transformations, de réaménagements et de restructurations imposés sans réelle communication, sans pédagogie, sans accompagnement suffisant, et surtout sans aucune prise en compte des conséquences sur le sens même de nos missions.
Dans ces conditions, comment résister et faire front aux attaques politico-médiatiques qui nous tombent dessus de toutes parts ?
Des projets bâclés et précipités
Aujourd’hui, tout se fait dans la précipitation et dans une opacité totale. Les documents présentés aux Organisations Syndicales et aux élus du CSE sont souvent truffés d’erreurs, voire de contre-vérités.
L’exemple du projet du hub-info ICI Régions est révélateur :
- un dossier d’information-consultation bâclé et mensonger,
- les recommandations d’une expertise ignorées par la direction,
- un workflow toujours non finalisé alors que le projet est lancé,
- des équipes toujours en formation, sous pression constante,
Bref, un vaisseau encore en chantier qui a rompu les amarres bien trop tôt !
Des téléspectateurs mécontents
Le résultat est sans appel : une offre nationale toujours plus dégradée (depuis la disparition des Soir 3, 19/20 et 12/13 nationaux), des “éditions toutes régions” du midi et du week-end supprimées et remplacées par un JT de France 3 Paris-Île-de-France pour les téléspectateurs non-géocalisés sur une région.
Sur la troisième chaine, dans les Territoires Ultramarins, la France des Régions est devenue celle de Paris-Île-de-France !
Au final, à peine un tiers de l’offre nationale sort réellement aujourd’hui du hub de Lyon Vaise ; le reste relève de rediffusions de longs formats du 13h et du 20h de France 2, et de sujets produits par franceinfo. La direction a ouvert grand les vannes, inondant les régions de sujets écrits et montés par une seule personne – les deskeurs de franceinfo – en dépit des avenants de l’accord collectif qui encadrent “l’offre publique d’information en continue” et qui limitent leur diffusion…
Tous concernés !
Au siège, les journalistes de la rédaction nationale ne sont pas les seuls concernés : montage, son, infographies, de nombreux personnels voient leur métier profondément affecté, la qualité empêchée, une partie de leurs missions supprimées, des primes et autres éléments de salaires envolés.
Dernière décision en date : une tentative de suppression d’un tiers des vacations des Chef.fes OPV, des technicien.es du service son et des machinistes qui participent aux éditions d’information sur le plateau D, celui utilisé notamment par France 3 Paris-Île-de-France. Une décision menée sans vrais échanges avec les salarié·es et les organisations syndicales. Même les élu·es du Siège, pourtant légalement tenus d’être consultés, ne l’ont pas été dans les règles. Un préavis intersyndical a été déposé, mardi 10 février, avant d’être levé à la fin de la semaine.
La direction a fini par reculer devant des salariés mobilisés et des organisations syndicales unies et déterminées. Espérons que ce soit pour laisser la place à un échange constructif, au dialogue social, perpétuellement mis à mal. Là encore, les conséquences sur la qualité des éditions, sur l’organisation des équipes, sur la perte d’activité et de rémunération, sans oublier la santé des salariés, n’avaient pas été évaluées.
Travail “morcelé”, salariés démotivés !
Nous nous retrouvons aujourd’hui avec certains personnels en sous-activité pendant que d’autres rament seuls, à flux tendu. Comble du cynisme, l’entreprise privilégie toujours plus la sous-traitance et les recours à des cabinets de consultants. Les premiers touchés sont les CDD et les intermittents. Nous assistons à une véritable « ubérisation » de nos missions, doublée d’une “morcelisation” du travail visant une productivité accrue à tout prix.
Cette “morcelisation du travail” n’est pas un phénomène nouveau ni anodin. Le psychiatre Christophe Dejours et la sociologue Danièle Linhart ont largement expliqué ses effets :
- éclatement des collectifs,
- perte du sens du travail,
- dévalorisation de l’expérience professionnelle,
- isolement des salariés,
- Souffrance psychique…
Produire plus, plus vite et à moindre coût devient l’objectif central, au détriment du travail bien fait et de celles et ceux qui le réalisent.
Il est encore temps de réagir.
Aux Organisations Syndicales de ne pas tomber dans le piège de la division et d’unir leurs forces pour pousser la direction au dialogue !
Quand le bateau coule, écoper chacun de son côté ne suffira pas à maintenir le vaisseau à flot.