Ou comment on nous bassine à FTV et ailleurs avec un simple outil
COMMUNICATION
Oui parce qu’à force de recevoir des tutos IA, des coms IA, d’entendre la présidente dire « que d’ici 2030 l’IA aura tout transformé au sein du groupe », de lire le directeur des antennes et des programmes de FTV expliquer que « le numérique et la technologie » seront placés « au cœur de notre organisation », de voir se succéder sur les plateaux télé, les nôtres compris, des experts enthousiastes ou catastrophistes, on en oublierait presque une chose.
Presque.
L’IA est un simple outil. Pas un outil simple, on vous l’accorde. Mais quand même.

Taylorisme 2.0
Alors, pour prendre un peu de recul ou si vous préférez changer d’angle d’attaque, nous vous proposons ici, une fois n’est pas coutume, une lecture saine.
« Un taylorisme augmenté » du sociologue Juan Sebastiàn Carbonell. Ouais.
Car l’IA est un outil. Et comme tous les outils, ben il est instrumentalisé. Il n’est pas neutre quoi. L’IA a été conçue, financée et orientée par et pour de grandes firmes, déployée par le capital. Avant de devenir un choix politique. Marx sort de ce corps.
En ce sens, il ne s’agit nullement « d’un progrès inéluctable » ou de « marche de l’histoire » dont on nous rabâche les oreilles. C’est un choix (répétition volontaire et algorithmique au cas où vous n’auriez pas compris).
Et ce choix c’est celui de la rationalisation du travail 2.0, poussée à l’extrême.
L’achèvement du Taylorisme.
Pourquoi ?
Parce que, comme au début du XXᵉ siècle, l’IA décompose le travail, sépare la pensée de l’exécution, retire le savoir aux travailleurs et renforce le contrôle. Plus du contremaître, c’est clair, mais des algorithmes.
La fin du travail vivant
Loin de nous aider, comme on l’entend implacablement en interne, l’IA va, nous, salariés, nous déposséder. Journalistes, monteurs, documentalistes, graphistes, vidéos, chargés d’édition, sous-titreurs, interprètes, assistantes et j’en passe : l’IA promet de vous faire gagner du temps ? Elle va surtout réduire votre métier à une suite de validations. Créer moins, valider plus.
Perte de sens au travail et d’autonomie, déqualification progressive, moins de pouvoir collectif, et bien évidemment, rationalisation des coûts : voilà ce qui vous, nous, attend.
Ce n’est pas l’emploi qui disparaît, c’est le travail vivant.
Nous à la CFDT FTV, on est relativement lucides. Critiquer l’IA, même « responsable » (responsable de quoi au juste ?) comme on nous la vend à FTV, ce n’est pas être réactionnaire, c’est défendre la maîtrise des salariés sur leur travail.
Nous refusons par exemple que dans notre entreprise, riche de ses regards, de ses savoir-faire, l’IA devienne un levier de productivité sans débat, une décision technologique imposée d’en haut et pire, placée « au cœur de nos organisations ».
Alors que la charte IA végète sur le bureau de la présidence depuis deux ans, que les négociations sur un accord IA viennent à peine de débuter avec les organisations syndicales, que les CSE ont dû se battre en justice pour que toute introduction d’outils d’IA générative fasse l’objet d’une information-consultation, nous insistons.
Les choix techniques doivent être : débattus, négociés, contrôlés, subordonnés à des objectifs sociaux et éthiques. Les salariés, les citoyens doivent pouvoir définir les usages légitimes de l’IA.
Le livre de Carbonell nous rappelle une chose essentielle : l’intelligence artificielle est un nouveau terrain de lutte sociale, où se jouent les formes futures de votre organisation du travail.
Gardez cela dans un coin de votre tête avant de déléguer toutes vos facultés intellectuelles …