Le 6 juin restera dans les annales comme le jour du débarquement. En Normandie.
Aujourd’hui, c’est un autre débarquement qui a lieu. Beaucoup moins glorieux. Celui de la marque unique France.tv sur tous nos canaux.

Annoncé en petites pompes en mars dernier (lire notre tract ICI : Ftv augmenté … et c’est bien le seul), depuis, c’est silence radio à bord. On ne sait rien, même pas de messages codés style « les carottes sont cuites » ou « le coq chantera trois fois ».
Trois fois rien. Dans les antennes régionales, on ne sait pas quoi faire ce 6 juin. Résister ? Mais comment ? Faire des annonces dans nos JT ? La consigne a été donnée de ne rien expliquer. Non, mieux vaut, pour la direction, foncer la tête la première, les yeux fermés. Ou faire le mort ça marche aussi. Parfois.
Et d’ailleurs, comment lancer les tranches d’informations ? « Vous êtes bien, contrairement à ce qui est affiché, sur France 3, heu non sur Ici enfin vous avez appuyé sur 3 quoi » Un débarquement bien préparé.
Présentée par le service marketing de FTV comme le moyen « d’accélérer le renforcement de notre marque », « d’émerger face à la concurrence des plateformes » et de « résonner », cette marque unique sonne pour nous, vétérans de la lutte syndicale, plus prosaïquement, comme un naufrage. C’est que voyez-vous, la langue de bois nous pèse. Les marottes du PCC (poste de commandement centralisé) aussi.
Ce naufrage c’est celui de nos identités. De ce qui nous distingue (nos spécificités éditoriales) et nous rapproche de nos publics. Le réseau régional a déjà perdu son .3 une majeure partie de la journée, en novembre dernier, le voilà enterré, sans raison aucune, après 50 ans de bons et loyaux services. Pour nous, pour beaucoup, c’est une page historique qui se tourne. Rien de moins.
Quant à nos téléspectateurs, eux non plus, n’ont pas eu d’informations. Pas de campagne de pub tonitruante, pas d’explications, ni même d’éléments de langage, prévus en plateau sur ce changement. Quel dédain pour ceux qui, en première ligne, devront justifier l’injustifiable. Quel dédain pour tous.
Mais rassurons-nous, le même service marketing explique doctement que les téléspectateurs de la BBC, déjà passés par là, eux, « n’ont pas eu de difficultés particulières pour se repérer ». Les Froggies en sont bien capables non ? L’histoire nous le dira.
Allez, tout de même, parce que nous ne sommes pas doués du flegme anglais, « des éléments visuels seront insérés aux inter-programmes, dans les couleurs et les sons associés à chacune des antennes, qui rappelleront à tout instant de la journée sur quel numéro de chaîne le téléspectateur se trouve. »
Dans ce même document interne, aussi amphigourique que creux, la communication conclut « France Télévisions continuera donc d’afficher et de parler de ses antennes linéaires comme des canaux, des adresses et chaque fois que cela facilitera la compréhension du public pour trouver nos contenus dans l’univers TNT. » À quoi bon toute cette vaine pétarade ?
Un débarquement mal préparé et de surcroit inutile, n’est rien d’autre qu’une opération kamikaze.
Les carottes sont cuites oui. Et ce n’est pas un message codé.