|
|
|
|
NEWSLETTER SPECIALE
DÉFONCE DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC
|
|
|
Pas de poisson d'avril, on aimerait, mais non.
|
Cette newsletter de printemps est entièrement consacrée à la défonce en règle de l'audiovisuel public et, en ce qui nous concerne de près, de France Télévisions. Newsletter à thème mais sans anathème (quoique).
|
Au programme des hostilités :
|
- Le rapport de Charles Alloncle va bientôt être rendu public, on a hâte.
- Le contre-rapport de la Scam lui est déjà sorti, on vous explique.
- Et pour contextualiser tout ça, un conseil lecture : l'essai aussi critique que salvateur "Le péril Bolloré".
|
|
Alloncle Charles
Hélas le nôtre n'est pas exilé en Nouvelle-Zélande
|
Contrairement à la comédie d'Etienne Chatiliez, notre Alloncle Charles n'est ni exilé en Nouvelle-Zélande, ni atteint d'une maladie incurable, ni milliardaire. Ronchon, oui.
|
La comparaison s'arrête là. Si dans le film, ce dernier est victime d'une bande d'arnaqueurs, là, pour le coup, le nôtre veut nous faire les poches genre braquage. Notre Charles est un tonton flingueur… de l'audiovisuel public.
|
Nous y voilà donc. Après plus de 200 heures de travail, 70 auditions menées pendant six mois, le fumeux rapport Alloncle sera bientôt rendu public.
|
|
Vous le savez certainement : de nombreux éléments ont déjà fuité. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les propositions « chocs » sont à la hauteur des débats. Ras du plafond. Un crachat à l'intelligence et aux salariés de l'audiovisuel que nous sommes.
|
|
|
Ce document de plus de 300 pages contiendrait près de 80 propositions, dont, bien évidemment, une drastique cure d'austérité pour nous, France Télévisions.
|
Un milliard d’euros d’économies générées par, dans le désordre :
|
- La suppression des chaînes France 4 et France TV Slash, pour « redéployer les moyens » sur une nouvelle offre diffusée sur France.tv et les réseaux sociaux ???
- La fusion de France 2 et France 5 au profit d'une « grande chaîne généraliste ».
- Idem pour Franceinfo et France 24
- La réduction de trois quarts du budget alloué aux jeux et aux divertissements, d'un tiers de celui alloué aux sports de France Télévisions.
D'autres mesures, plus politiques qu'économiques, sont avancées, telles que :
|
- soumettre les figures de la télévision et de la radio publiques à une stricte neutralité, incluant les propos et comportements publics tenus en dehors de leurs fonctions. Un muselage en règle, quoi.
- revenir à la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par l'Élysée. Soit revenir à l'ORTF.
|
Un retour vers le passé qui finalement se traduirait logiquement par de la vieille caillasse. Charles Alloncle recommande d'utiliser ce milliard, soit 1/4 des crédits alloués par l'État à l'audiovisuel public, pour l'entretien du patrimoine et pour désendetter l'État.
|
C'est Stéphane Bern qui doit être content !
|
|
|
|
12 anecdotes, 876 000 heures de programmes ignorées
Mieux que la propagande des réseaux sociaux : le contre-rapport des auteurs de la Scam
|
|
Pour "contrer" ce vent mauvais venu de la Bollosphère, et nous l'avons appris récemment de nos confrères du Monde, du groupe Lagardère (qui a envoyé des questions partisanes aux députés siégeant à la commission d'enquête), nos collègues de la Scam, eux, ont choisi les faits.
|
Critique de la méthodologie d’Alloncle :
- La commission d’enquête est accusée d’avoir utilisé des méthodes biaisées, notamment en sélectionnant des anecdotes pour étayer une thèse préétablie de "gabegie" et de partialité de l’audiovisuel public.
- La commission a ignoré 99,99 % des contenus diffusés par le service public pour se concentrer sur quelques cas isolés. Une douzaine de griefs, répétés à l'envi.
Financement et Économie :
- Le coût de l’audiovisuel public est de 57 euros par an et par Français, un investissement plutôt qu’une dépense. Un montant bien inférieur à celui d'autres pays européens comme l'Allemagne (220 euros).
- Les 4 milliards d’euros annuels alloués à l’audiovisuel public sont un investissement de souveraineté, générant des retombées économiques significatives.
- Le rapport met en avant l’effet multiplicateur de l’audiovisuel public, où chaque euro investi génère six euros d'activités économiques, soutenant 62 000 emplois directs et indirects.
Rôle et missions du Service Public :
- Le service public est un pilier de la démocratie, proposant une information pluraliste, une couverture locale et régionale, des programmes éducatifs et culturels. Des émissions comme le Téléthon, le Sidaction, et des programmes éducatifs comme Lumni et Mon petit France Inter, sont des exemples de l'utilité sociale du service public.
- Le service public est le premier financeur du documentaire et de la fiction française, contribuant à la diversité culturelle et à la création d'emplois dans le secteur audiovisuel.
- Le service public est le seul à proposer des espaces sans publicité et sans profilage, notamment pour les jeunes.
- Le rapport insiste sur l’importance du service public dans la lutte contre la désinformation et dans la promotion de la santé mentale des jeunes.
Comparaisons Internationales :
- Le rapport compare le financement de l’audiovisuel public en France avec celui d’autres pays européens, montrant que la France est sous-financée par rapport à des pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni.
- Il est noté que dans des pays comme l’Allemagne, l’audiovisuel public est considéré comme un acquis constitutionnel et n’est pas remis en question.
- Le rapport Alloncle inverse la réalité : la France ne dépense pas trop, elle ne dépense pas assez.
|
|
Critique des propositions de privatisation :
- Le rapport rejette fermement les propositions de privatisation, arguant que cela entraînerait une perte de souveraineté économique et cognitive.
- Il est souligné que la privatisation de l’audiovisuel public serait une faute stratégique majeure, notamment dans le contexte actuel de guerre informationnelle. La France étant le deuxième pays européen le plus ciblé par la désinformation étrangère.
Le rapport conclut que défendre le service public de l’audiovisuel, c’est défendre la République et la démocratie. Il appelle à un renforcement plutôt qu’à un affaiblissement du service public, soulignant son rôle crucial dans la cohésion sociale, l’éducation, la culture et la lutte contre la désinformation.
|
|
Bref, un rapport à télécharger et à lire impérativement. Une arme de réflexion massive, indispensable dans les mois à venir.
|
|
|
|
LE PÉRIL BOLLORÉ
Ce qui nous attend si l'audiovisuel public
est (encore) affaibli
Une newsletter à thème encore ce mois-ci. Après la défonce de l'audiovisuel public, voici son pendant logique : la concentration des médias aux mains de Vincent Bolloré.
|
|
Dans son essai paru aux éditions La Dispute, Marie Bénilde dénonce l'influence, grandissante, du groupe Bolloré dans les médias français et montre comment cet empire contribue à déplacer le débat public vers l’extrême droite, tout en rapprochant cette dernière de la droite libérale.
|
Ainsi le péril est-il non seulement économique, il est aussi politique et culturel.
|
LE DÉBUT DE LA FIN
|
Marie Bénilde part d’un constat international : la disparition, aux États-Unis, de la fairness doctrine a marqué le début de la fin du pluralisme.
|
Ce principe d’impartialité présentait deux dimensions :
|
- l'obligation pour les diffuseurs audiovisuels de consacrer une partie de leur temps d’antenne à des questions d’intérêt général propres à susciter des controverses
- l'obligation de relayer les différents points de vue qui s’expriment sur ces sujets.
Cette règle, adoptée en 1949 par la Commission fédérale des communications, a été abrogée en 1987 par cette même commission sous l’égide du président Ronald Reagan. Une abrogation qui a ouvert la voie à une information de plus en plus concentrée et orientée, tendance que l’Europe connaît à son tour.
|
UN EMPIRE AU SERVICE D'UNE IDEOLOGIE
|
L’autrice décrit Vincent Bolloré comme un acteur qui mobilise son empire pour rendre les idées d’extrême droite plus centrales dans l’espace public, et pour favoriser leur normalisation par des passerelles avec la droite libérale.
|
Après sa prise de contrôle de groupes comme Vivendi, Bolloré est aux manettes de : Canal+, CNews, Europe 1, Hachette Livre. Soit de médias puissants, de maisons d'édition et de groupes de distribution (Relay). Une concentration qui réduit de fait la diversité des voix dans le paysage médiatique et bien sûr leur visibilité.
|
|
L’essai montre ainsi que cet univers médiatique repose sur plusieurs ressorts idéologiques récurrents : mise en cause de l’audiovisuel public, obsession de la politique-spectacle, brouillage entre antisémitisme et antisionisme, fixation de l'agenda public via des sujets montés en épingle et rabâchés.
|
Pour ce faire, Bolloré impose sa "ligne éditoriale" en encourageant les discours conservateurs ou réactionnaires, en mettant en lumière certaines figures médiatiques comme Éric Zemmour, Michel Onfray et en transformant les chaînes d’informations en espaces d’opinion.
|
Sa méthode de contrôle est toujours peu ou prou la même :
|
- Remaniements autoritaires des rédactions
- Pressions sur les journalistes
- Uniformisation des contenus
UN SURSAUT POLITIQUE
Cet essai propose donc une lecture politique et sociale du pouvoir médiatique, et explique pourquoi une partie de la bourgeoisie condamne Bolloré en théorie tout en reprenant une partie de ses idées et de ses méthodes. Le livre soutient ainsi que le « bollorisme » n’est pas seulement une stratégie individuelle, mais le symptôme d’une évolution plus large du capitalisme français.
|
|
C'est pourquoi la « bollosphère » est aussi déjà très avancée dans son influence.
|
Seule une repolitisation du débat sur les médias enrayerait encore ce mouvement. En légiférant sur la concentration des médias et en sanctuarisant, par exemple, l'audiovisuel public garant, quoiqu'on en dise, du pluralisme ainsi que d'une information fiable et vérifiée.
|
|
|
|
|
Moi, journaliste à France 3 Pidf, « bouseux de France Télévisions »
|
|
Pendant que certains parlent et mentent, d'autres, journalistes à France Télévisions, souffrent.
|
|
|
|
Cette lettre rédigée par un des soixante journalistes de la rédaction de Paris Île-de-France est destinée à Delphine Ernotte. Elle constitue un témoignage précieux et édifiant de ce qui se passe depuis des années dans cette antenne particulière du réseau France 3. Une lente asphyxie, violente et feutrée, orchestrée dans une indifférence assourdissante.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|