N°40 - FEVRIER 2026
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Cette fois, c'est la bonne

RACHIDA DATI S'EN VA et avec elle son projet de démolition

Cette affiche vous rappelle de douloureux souvenirs ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas les seuls.
Mais, petite éclaircie, dans un ciel bien encombré (commission d'enquête sur la neutralité du service public audiovisuel, Vincent Bolloré, restrictions budgétaires, dénonciation de notre accord collectif), Rachida Dati nous quitte pour d'autres cieux justement.
Perso, à la CFDT FTV, nous ne la regretterons pas.
Avec notre ex-ministre de tutelle s'éloigne, irrévocablement on l'espère, son projet phare, celui qui nous aurait tous envoyés par le fond : la réforme de l'audiovisuel public et la fameuse (fumeuse) holding "France Médias".

Un happy end pour ce feuilleton qui nous aura tenu en haleine pendant presque deux ans. Ministre de la Culture dans le gouvernement Attal en 2024, puis reconduite dans les gouvernements Barnier, Bayrou, Lecornu I et II, Dati et sa réforme ont pesé sur nos têtes comme un boulet de bulldozer.
Grosse fatigue et à chaque étape, grosses mobilisations.
  • Adoptée en première lecture au Sénat en juin 2023, le projet de loi arrive à l’Assemblée nationale au printemps 2024
  • Mars – Avril 2025 : examen du texte en commission des affaires culturelles, interrompu suite à un incident entre Rachida Dati et une fonctionnaire de l’Assemblée, provoquant plusieurs suspensions de séance.
  • Mi juin : Débat en commission rouvert après plusieurs semaines d’interruption
  • 18 juin 2025 : La commission des affaires culturelles valide le texte, permettant son inscription à l’ordre du jour de l’hémicycle.
  • 30 juin 2025 : l’Assemblée nationale adopte une motion de rejet préalable déposée par les députés écologistes.

    Cette motion, votée par 94 voix contre 38, empêche l’examen du texte sur le fond. Elle est renvoyée en seconde lecture au Sénat, sans perspective immédiate d’adoption.
  • La proposition de loi (PPL) disparait dès septembre du calendrier parlementaire. On n'en entendra plus parler, sauf de sa bouche.
Le bilan de Rachida Dati concernant l'audiovisuel public est donc nul.
Fort heureusement.

Elle a participé toutefois, et paradoxalement pour une ministre de la Culture, à une entreprise de déstabilisation et de démolition publique de nos entreprises.
Elle continue d'ailleurs. Devant la commission d'enquête parlementaire, elle maintient ses accusations contre les équipes de Complément d'enquête qui auraient, selon elle, soudoyé un membre de sa famille pour qu'il témoigne dans un reportage qui lui était consacré. Les journalistes ont apporté la preuve de leur probité. Et elle ?
Dans son viseur : Tristan Waleckx et auparavant : Patrick Cohen, Thomas Legrand, Léa Salamé, Sibyle Veil, Delphine Ernotte… la liste est longue. Déplorable.

Désormais, c'est Catherine Pégard, une ancienne journaliste, présentée souvent comme l'antithèse de Dati, qui a notre sort entre ses mains.
Alors que la démocratie tangue, que les garde-fous sont attaqués de toute part (justice, médias publics), nous lui faisons passer ce message, relayé même par Rodophe Belmer, PDG de TF1.
Un service audiovisuel public fort : c'est une garantie d'informations vérifiées, honnêtes, justes. Elles seules éclairent le citoyen, elles seules fondent le débat.
À ce propos, voir ci-dessous notre fiche de lecture.

Un conseil lecture fort à propos (comme d'habitude) et qui résonne assez désagréablement avec tout ce qui a été dit au-dessus sur notre ex-ministre de tutelle.
L’Élysée (et les oligarques) contre l’info de Jean-Baptiste Rivoire, une enquête étayée qui analyse de manière critique les relations entre le pouvoir exécutif et les médias.
Ou comment le
droit à l’information démocratique des citoyens est perpétuellement menacé.

JB Rivoire décrit comment, selon lui, les trois derniers présidents de la Ve République (Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron) ont exploité le contrôle de l’Élysée pour peser sur l’information publique et la couverture médiatique.
Cela inclut des tentatives d’influence directe sur des rédactions ou des nominations dans des organes d’information, ainsi que des pressions pour orienter la couverture de certaines affaires.

1. Rôle des oligarques et des industriels des médias

Un point central du livre est l’influence des grands patrons et des oligarques (les milliardaires actionnaires de chaînes ou de groupes de presse) qui, selon l’auteur, renforcent un système d’influence croisé avec le pouvoir politique.

L'auteur explique comment des magnats de l’industrie et des hommes d’affaires influents se sont progressivement emparés de pans entiers du paysage médiatique français (presse écrite, chaînes de télévision et radios), souvent par des rachats successifs.
Cette concentration est décrite comme un facteur majeur de fragilisation de l’indépendance journalistique, car les intérêts économiques des propriétaires deviennent étroitement liés aux choix éditoriaux.
Résultat : une réduction de l’espace d’information critique.

2. Influence politique directe sur l’information

JB Rivoire décrit également comment, sous les présidences successives de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, le pouvoir exécutif a pesé sur l’information.
En ressortent deux types d’influence :
  • Les pressions institutionnelles : nomination ou destitution de dirigeants de médias, tentatives d’orienter les lignes éditoriales.
  • L'utilisation politique de l’information : encouragement ou tolérance de mécanismes qui favorisent la diffusion de narratifs favorables au camp politique au pouvoir, parfois au détriment du journalisme d’investigation.

2. Exemples

  • Les dérapages d’Alexandre Benalla : évoqués comme un cas d’instrumentalisation médiatique et politique pour maîtriser la narration dans l’opinion publique.
  • Des campagnes de déstabilisation contre des journalistes : JB Rivoire évoque notamment une approche concertée de grands groupes industriels pour exercer des pressions indirectes sur certaines figures du journalisme, par exemple autour du groupe LVMH et du journaliste Benoît Duquesne (Complément d'Enquête, déjà !).
  • Tentatives sur les médias publics et privés : notamment des exemples de pressions politiques sur des directions de grands médias français (audiovisuel public ou chaînes privées) pour influencer la couverture médiatique d’événements sensibles ou d’affaires d’État.

3. Conclusion

L’auteur plaide pour que l’information soit considérée comme un bien public essentiel à la démocratie.
Il dénonce ce qu’il perçoit comme des risques d’abus de pouvoir politique et économique qui mettent en péril l’indépendance des médias, et, par extension, la capacité des citoyens à être correctement informés.



GENESYS OU APOCALYPSE?

L'avis de la CFDT FTV sur ce « projet structurant »

Le projet GENESYS, désormais inscrit dans la trajectoire plus large du projet CAP ÉDITION, est présenté par la direction comme une transformation structurante des moyens de fabrication et d’exploitation des éditions d’information.
Il s’inscrit dans un contexte de mutations technologiques rapides, mais également dans une logique assumée de contraintes budgétaires et de réduction des coûts.
Le projet repose sur la création d’un hub technique mutualisé, organisé autour de régies modernisées et interconnectées. La direction met en avant l’agilité, l’optimisation et la souplesse de production.
Derrière ces termes, nous constatons surtout une logique de rationalisation poussée des moyens et une recherche de gains de productivité.

Au-delà de la modernisation technique, ce projet modifie profondément l’organisation du travail. Il s’accompagne d’une redéfinition des métiers et d’un élargissement de la
polyvalence.
La direction évoque une réduction progressive d’environ 36,5 ETP à horizon
2030, qui serait absorbée par les départs naturels.
Pour la CFDT, il ne s’agit pas d’un simple ajustement mécanique : cette trajectoire affecte concrètement les collectifs de travail, les compétences et la qualité de fabrication.

La CFDT FTV alerte sur le risque réel de perte d’expertise et d’appauvrissement des savoir-faire. La transformation vers des process davantage automatisés pose une question centrale : quelle place restera-t-il à l’expertise humaine, à la maîtrise technique et à la créativité des équipes? La modernisation ne peut pas se traduire par une déqualification progressive des métiers. La polyvalence annoncée ne doit pas devenir une flexibilité contrainte. Les conditions de travail doivent rester un point d’équilibre, et non une variable d’ajustement.


Un point d’alerte majeur pour le pôle Outre-mer

La CFDT a exprimé des inquiétudes fortes concernant l’impact du projet sur les équipes ultramarines et l’équilibre entre les entités de production.
19 techniciens seraient rattachés à la Fabrique. Nous dénonçons une perte d’autonomie de fabrication pour le pôle Outre-mer, qui dispose aujourd’hui de sa capacité intégrée de production.

Nous sommes ainsi particulièrement inquiets des arbitrages futurs concernant l’attribution des plateaux et des moyens de fabrication.
Faire basculer le pôle Outre-mer dans une relation client-fournisseur vis-à-vis de la Fabrique constitue une fragilisation structurelle.
Aujourd’hui, le pôle est autonome. Demain, il pourrait dépendre d’arbitrages budgétaires externes.
Nous alertons aussi sur le risque de vider progressivement l’établissement de ses activités de fabrication. Cette perspective interroge sur une volonté diffuse d’intégration progressive au sein de MFTV.


Fiabilité technique et méthode


L’expérience des projets précédents nous oblige à la prudence. Trop souvent, l’écart
entre les dispositifs théoriques et la réalité opérationnelle a été payé par les salariés.

Les phases de test annoncées devront être réelles, transparentes et associées aux équipes.
Les professionnels doivent pleinement être intégrés à la validation des process.

Calendrier
• Début des travaux : été 2026.
• Première mise à l'antenne : été 2027.
• Finalisation : 2028
• Horizon global Cap Éditions : 2030

Ce que nous proposons

Le projet GENESYS / CAP ÉDITION constitue une transformation majeure des moyens de fabrication.
Nous ne contestons pas la nécessité d’adapter l’outil aux évolutions technologiques.

Nous refusons toutefois que cette modernisation serve de levier à une
réduction structurelle des effectifs, à une perte d’autonomie des entités et à un
affaiblissement des compétences.

La réussite d’un tel projet ne pourra uniquement reposer sur des impératifs économiques.
Elle suppose :
• le respect des engagements passés,
• la préservation des savoir-faire,
• la garantie de conditions de travail dignes,
• le maintien d’un pôle Outre-mer fort et autonome,
• et un dialogue social transparent et loyal.

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LE BAROMÈTRE DU DIALOGUE SOCIAL

Y a quelqu'un ????

C'est rassurant (ou pas), ce qui se passe (pas) dans notre entreprise, concerne aussi une grande majorité d'autres.
À savoir : un dialogue social dégradé, voire inexistant, la santé des salariés qui devient un enjeu prioritaire et l'environnement, lui, qui passe à la trappe.

Bienvenue dans le monde merveilleux du dialogue social décrit dans une étude réalisée par l'Ifop pour Syndex.
  • Un dialogue social sous tension dans un contexte économique dégradé
    Seuls 65% des RP jugent la situation économique de leur entreprise bonne, au plus bas niveau depuis 2018. Ils restent déterminés (65%) mais jugent leurs directions comme étant plus tendues (58%).
  • Une appréciation très contrastée de la qualité du dialogue social
    Les élus du personnel attribuent la note la plus faible (5,1/10), loin derrière les directions (7,7/10). Les salarié.es sont également plus réservés.
    Le manque de prise en compte des avis du CSE reste un facteur dégradant de la qualité du dialogue social. Un meilleur partage du pouvoir entre l’entreprise, les RP et les salariés est attendu des salariés (80%) et des RP (91%).
  • Un CSE considéré comme utile et doté d’une bonne image
    Les salariés (86%) et les directions (93%) reconnaissent l’utilité du CSE, mais les RP manquent de temps, de moyens et de reconnaissance formelle au sein de l’entreprise.
  • La santé, la sécurité et les conditions de travail restent les sujets prioritaires
    Ces sujets dépassent 90% de mentions chez les RP. Ils sont 4 sur 10 à estimer que les risques d’accident du travail des salariés de leur entreprise sont élevés.
    75% des dirigeants positionnent la sécurité au travail en tête des sujets prioritaires du CSE.
  • Prérogative environnementale en recul, IA en hausse.
    La majorité des CSE ne s’est pas encore saisie du volet environnemental, faute de formation et de temps pour gérer toutes les priorités.
    La mise en place de l’IA progresse dans les entreprises, souvent sans consultation du CSE. 24% des RP placent l’IA parmi les sujets prioritaires, en hausse de 8 points en 1 an.
  • Rémunérations et partage de la valeur, des attentes, mais plus modestes après des années de forte inflation.
    Les attentes en termes d’augmentations générales sont de 6% en moyenne du côté des RP et de 10,2% côté salariés, quand les directions anticipent des augmentations générales de 1,5%.
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